E-inclusion: de la théorie à la pratique
Dans un précédent billet (e-inclusion, l'europe et la fracture numérique), j'ai évoqué l'évolution en Europe de la réflexion sur l'impact social des technologies de l'information et de la communication. A ce titre, j'ai souligné le glissement sémantique de "fracture numérique" à "e-inclusion". Ce changement dans le discours, principalement des politiques, est lié à la prise de conscience du fait que la fracture numérique ne peut être réduite "à une question de stock d'objets technologiques, un ordinateur, un accès Internet". La lutte contre la fracture numérique n'a que trop souffert de cette espèce de déterminisme technologique qui voudrait que la technique façonne le social.
Après plusieurs années de politiques concentrées essentiellement sur la dotation en équipement et en infrastructures, les pays européens, avec la stratégie i2010 et la conférence de Riga, tentent de recentrer le débat sur le rôle social des TIC. L'e-inclusion symbolise cette nouvelle façon de penser la fracture numérique.
Qu'en est-il sur le terrain? Comment les différentes structures et organisations nationales ou supranationales s'approprient-elles de ce concept?
Notre tour du monde des pratiques inclusives des TIC nous mènera d'abord au Canada.
Dans ce pays, cinq partenaires de recherche(le Centre Informatique de Montréal, l'Ecole de Technologie Supérieure, les Universités de Montréal, Laval et McGill) ont mis en place en 2006, grâce à l'appui du Ministère Canadien du patrimoine, le réseau e-inclusion. Ce réseau qui voit la participation de plusieurs associations a pour mission "d'opérer un réseau d'utilisateurs, d'artistes, de producteurs et de chercheurs afin de développer des outils de traitement de contenus audiovisuels" à destination des personnes ayant une déficience visuelle ou sensorielle. Les travaux du réseau sont orientés vers deux grandes thématiques. La première concerne l'interaction et l'extraction de contenu audiovisuel par le développement d'outils logiciels pour l'extraction automatique de contenus dans les documents vidéos pour améliorer l'accessibilité aux malvoyants, non-voyants, sourds et malentendants; le second axe de recherche a trait à la reconnaissance de la parole et du contexte sonore.
Plusieurs outils et logiciels sont actuellement en développement dans les laboratoires dont un logiciel de synchronisation en version bêta qui permettra l'acquisition et la synchronisation de données issues d'un occulomètre, d'un lecteur vidéo et d'une manette de jeu pour l'analyse de la surcharge "attentionnelle".
Il est fort à parier que cette initiative canadienne, surtout orientée vers le handicap physique (sourd et malentendant, mal et non-voyant) aboutisse à des résultats prometteurs que la planète entière pourra adopter pour qu'enfin le handicap ne soit plus source d'exclusion, tout du moins, de la société de l'information.
Après le Canada, notre prochaine destination dans ce tour du monde des pratiques inclusives des TIC sera l'Europe.
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